Chaque année, le CES de Las Vegas constitue un baromètre mondial des innovations technologiques et industrielles. En 2026, le salon a rassemblé plus de 4 100 exposants et accueilli près de 148 000 participants uniques. Plus de 6 900 journalistes et analystes ont couvert l’événement, mettant en lumière les technologies appelées à transformer l’industrie, la mobilité, la santé et les systèmes critiques.
Cette édition se distingue par un ralentissement du « wow effect », au profit d’une maturité accrue des technologies et de leur intégration dans des systèmes fiables et opérationnels. Les signaux observés offrent ainsi une lecture stratégique de l’évolution des systèmes complexes : de l’IA embarquée à la durabilité, en passant par le logiciel et la robotique, au plus près des enjeux des secteurs aéronautique, énergie, ferroviaire, santé et défense.
L’IA sort du discours pour s’intégrer aux systèmes
L’intelligence artificielle n’est plus un concept abstrait : elle est désormais embarquée, contextualisée et intégrée dans des systèmes réels, souvent déployés en environnement contraint. Au CES 2026, elle a été démontrée à travers plusieurs usages concrets :
- Industrie : solutions de maintenance prédictive au plus près des équipements, analysant en continu les vibrations motrices et les signaux capteurs afin de détecter des dérives avant la panne.
- Santé : dispositifs de suivi patient et outils d’aide au diagnostic reposant sur l’analyse d’images et de données physiologiques, combinés à des plateformes de télésurveillance.
- Mobilité : logiciels d’optimisation énergétique et de perception pour véhicules autonomes, intégrant capteurs, cartographie et IA embarquée, illustrant la convergence entre véhicule, infrastructure urbaine et cloud.

Le véritable enjeu ne réside plus dans la démonstration ponctuelle, mais dans la robustesse, la validation et la gouvernance de ces IA une fois déployées à grande échelle. Pour les systèmes critiques, transport ferroviaire, aéronautique, énergie ou défense, la fiabilité dépend de la maîtrise complète de la chaîne : qualité des données, explicabilité des modèles, intégration dans l’architecture système et sûreté de fonctionnement.
Le CES confirme ainsi que la valeur ne se joue pas uniquement dans l’algorithme, mais dans sa capacité à être certifiable et intégré sur l’ensemble du cycle de vie du système.
Robotique et automatisation : l’ère des usages concrets
La robotique présentée au CES 2026 illustre un passage net des prototypes spectaculaires vers des usages opérationnels, déjà observables sur le terrain :
- Industrie : robots mobiles autonomes (AMR) capables de circuler dans des environnements complexes et de collaborer avec des opérateurs, ainsi que des robots collaboratifs dédiés à des tâches répétitives.
- Santé : robots de transport automatisé pour le linge, les médicaments et les consommables, complétés par des dispositifs d’assistance et de rééducation pour les soignants.
- Mobilité : drones et véhicules autonomes intégrés à des systèmes de contrôle urbains, constituant de véritables réseaux intelligents.

Les défis majeurs identifiés concernent l’interopérabilité et la sûreté de fonctionnement. Ils imposent des architectures robustes, une gestion fine des données et une prise en compte de la sécurité dès la conception. L’industrialisation de la robotique repose désormais sur la capacité à intégrer ces technologies dans des chaînes de production et des infrastructures critiques, avec des exigences fortes en cybersécurité et en performance temps réel.
Le logiciel au cœur de la valeur
Le CES 2026 confirme que l’innovation ne réside plus uniquement dans le hardware. Le logiciel conditionne désormais la performance et la différenciation des systèmes complexes :
- Sur les plateformes robotiques, des architectures complètes combinent calcul embarqué, librairies d’IA, perception et supervision, facilitant le passage des prototypes à des flottes déployées.
- Dans l’industrie, des pipelines logiciels traitent en temps réel les données capteurs à la périphérie (edge), exécutent des modèles de machine learning localement et alertent les systèmes de supervision dès qu’une anomalie est détectée.
- Dans les secteurs régulés, la cybersécurité et la conformité deviennent des conditions d’entrée : chiffrement, journalisation, traçabilité et résilience sont désormais au cœur des solutions.

Cette orientation vers un « software-defined world » accompagne la montée en puissance des systèmes numériques complexes et de l’embarqué. IA, supervision et exigences réglementaires doivent être intégrées de façon cohérente et robuste, sans compromis sur la sûreté ni la performance.
Une technologie plus responsable et plus utile
Durabilité et sobriété occupent une place centrale dans de nombreuses innovations présentées au CES 2026 :
- Industrie : plateformes de pilotage énergétique combinant capteurs, IA et visualisation, permettant de réduire la consommation tout en garantissant la continuité de service.
- Santé : technologies connectées favorisant un diagnostic plus précoce, la prévention et le suivi à distance, afin d’optimiser les ressources humaines et matérielles.
- Durabilité intégrée : réparabilité, optimisation des ressources et performance à long terme deviennent des contraintes d’ingénierie à part entière.
Les systèmes technologiques doivent désormais être performants, sûrs et durables, avec un impact mesurable sur les usages et les opérations. La responsabilité n’est plus un argument marketing, mais un critère structurant de conception.
CES 2026 : révélateur de complexité
Le CES 2026 n’est pas une simple vitrine de gadgets. Il révèle les systèmes complexes qu’il faudra maîtriser pour réussir demain. IA intégrée, robotique opérationnelle, logiciel critique et technologies responsables ne sont plus des tendances isolées, mais des composantes indissociables des transformations industrielles.
Cette édition confirme la nécessité de combiner expertise technique et vision stratégique afin de concevoir des systèmes fiables, performants et durables, en phase avec les défis industriels et sociétaux à venir.
